Un Guide de Terrain pour attirer les Développeurs

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Article original publié le jeudi 7 septembre 2006 : A Field Guide to Developers

Traduction : Thierry

Contents

Un Guide de Terrain pour attirer les Développeurs

Malheureusement, vous pouvez mettre des annonces dans tous les bons endroits, avoir un fantastique programme de stage, et interviewer tous ceux que vous voulez, mais si les très bons développeurs ne veulent pas travailler pour vous, ils ne viendront pas travailler pour vous. Aussi, cet article a pour ambition de constituer une sorte de guide de terrain pour attirer et garder les développeurs : ce qu'ils recherchent, ce qu'ils aiment et n'aiment pas au travail, et ce que cela implique d'être un premier choix pour les développeurs au top.

Les bureaux individuels

L'année dernière, je suis allé à une conférence informatique à Yale. Un des orateurs, un vétéran de la Silicon Valley qui avait fondé ou tenu un rôle honorable dans plusieurs startups financées par capital-venture, brandissait le livre Peopleware.

"Vous devez lire ce livre", disait-il. "C'est la bible décrivant comment diriger une société informatique. C'est le livre le plus important jamais écrit pour diriger une société informatique".

Je ne pouvais qu'être d'accord avec lui : Peopleware est un très bon livre. Un des plus importants, et des plus controversés sujets de ce livre est que vous devez fournir aux programmeurs beaucoup d'espace tranquille, probablement des bureaux individuels, si vous voulez qu'ils soient productifs. Les auteurs, DeMarco et Lister, s'étendent largement sur le sujet.

A l'issue de la conférence, j'allais voir l'orateur. "Je partage votre avis sur Peopleware", dis-je. "Dites-moi : les développeurs avaient-ils des bureaux individuels dans toutes vos startups ?"

"Bien sûr que non", dit-il. "Les financiers n'auraient jamais accepté". (NDT : VCs dans le texte original signifie exactement Venture Capitalists)

Hmm.

"Mais cela pourrait être la chose numéro un la plus importante dans ce livre", dis-je.

"Ouais, mais vous devez choisir vos combats. Pour les financiers, les bureaux individuels sont synonymes de gaspillage d'argent".

Il existe une forte culture dans la Silicon Valley selon laquelle vous devez entasser beaucoup de développeurs dans un immense open space, en dépit de la prépondérance de l'évidence que les bureaux individuels sont beaucoup plus productifs, sujet régulièrement traité sur mon site. Je n'ai pas vraiment réussi à me faire comprendre des gens, je pense, car les programmeurs aiment être sociaux, même si cela signifie qu'ils sont improductifs, alors ce n'est pas simple.

J'ai même entendu des programmeurs dire des choses comme : "Ouais, on travaille dans des box, mais tout le monde travaille dans des box - jusqu'au PDG inclus !"

"Le PDG ? Le PDG travaille vraiment dans un box ?"

"Eh bien, il a un box, mais maintenant que vous le dites, il y a cette salle de réunion où il va pour toutes ses réunions importantes..."

Mmmm Mmmm. C'est un phénomène très courant dans la Silicon Valley de voir le PDG faire le grand show de celui qui travaille dans un box comme tout le monde, bien que, d'une manière ou d'une autre, il y a cette salle de réunion qu'il s'approprie ("seulement lorsqu'il y a quelque chose de confidentiel à discuter"), revendique-t-il, mais la moitié du temps lorsque vous vous rendez dans cette salle de réunion, il y a votre PDG, totalement seul, au téléphone avec son pote du golf, ses pompes de luxe sur la table).

Bref, je ne veux pas ré-expliquer pourquoi les bureaux individuels sont plus productifs pour les développeurs logiciels, ou pourquoi il a été démontré que ne serait-ce que mettre un casque sur les oreilles pour réduire le bruit ambient diminue la qualité du travail produit par les développeurs, et pourquoi cela ne coûte pas beaucoup plus cher d'avoir des bureaux individuels pour les développeurs. J'en ai déjà parlé. Aujourd'hui, je veux aborder le recrutement, et les bureaux individuels dans le recrutement.

Peu importe ce que vous pensez de la productivité, et peu importe ce que vous pensez de l'égalité de l'environnement de travail, deux choses sont incontournables :

  1. Les bureaux individuels ont un statut plus élevé
  2. Les box et autres espaces ouverts peuvent poser des difficultés sociales.

Par conséquent, il est fort probable que les programmeurs donnent leur préférence à un job dans lequel ils bénéficieront d'un bureau individuel. Particulièrement si celui-ci est équipé d'une porte qui ferme, d'une fenêtre et d'une vue agréable.

Maintenant, il est malheureux que ces choses qui facilitent le recrutement ne soient pas vraiment en votre pouvoir. Même les PDG et les fondateurs d'une société peuvent se voir empêchés par les financiers d'offrir des bureaux individuels. La plupart des sociétés ne déménagent ou modifient leurs bureaux que tous les cinq à dix ans. De plus petites startups peuvent ne pas se permettre d'avoir des bureaux individuels. Ainsi, mon expérience m'a montré que les excuses s'amoncellent jusqu'à ce qu'il soit quasiment impossible d'obtenir des bureaux individuels pour les développeurs, et ce dans toutes les sociétés à l'exception des plus averties en la matière, et même dans ces dernières, le choix d'un nouveau site et de l'endroit où les développeurs devraient travailler est souvent dicté par un comité constitué de la secrétaire du chef et d'un consultant débutant d'une grosse boîte d'architecture, qui a tendance à croire les histoires à dormir debout des écoles d'architecture, selon lesquelles les open spaces sont emblématiques des entreprises ouvertes, ou quoi qu'il en soit, avec pratiquement aucune implication des développeurs ou de l'équipe de développement.

Cela un scandale, et je continuerai de mener le combat, mais entre-temps, les bureaux individuels ne sont pas impossibles. Nous nous sommes débrouillés pour en offrir à nos programmeurs à plein temps, la plupart du temps, et ce même à New York City où les loyés sont parmi les plus onéreux du monde, et les gens sont ainsi, il n'y a aucun doute, nettement plus heureux de travailler chez Fog Creek. Alors si vous voulez continuer à résister, persistez, cele maintiendra mon avantage compétitif.

L'environnement de travail

Au delà des bureaux individuels, il y a l'environnement de travail tout entier. Lorsque des candidats viennent passer un entretien dans notre société, ils observent alentour les gens y travaillant, et ils essaient de s'imaginer travaillant eux-même dans cet environnement. Si les bureaux sont plaisants, si c'est lumineux, si le voisinage est agréable, si tout est récent et propre : ils auront de bonnes impressions. Si au contraire les bureaux sont encombrés, si les moquettes sont miteuses et si les murs n'ont pas été repeints et qu'il y a des posters d'équipes de rameurs et le mot TEAMWORK en gros caractères, ils vont penser aux bandes dessinées de Dilbert.

Beaucoup des gens de la technique ne sont absolument pas conscients des conditions générales de leurs bureaux. En fait, même ceux qui sont par ailleurs sensibles aux avantages d'un bureau agréable, peuvent ne pas voir les faiblesses spécifiques de leur propre bureau, parce qu'ils y sont tellement habitués.

Mettez-vous à la place de votre candidat, et réfléchissez honnêtement :

  • Que penseront-ils de votre emplacement ? Que vous inspire Buffalo comparé à, disons, Austin ? Est-ce que les gens veulent vraiment déménager à Detroit ? Si vous êtes à Buffalo ou Detroit, pouvez-vous au moins organiser la plupart de vos entretiens en septembre ?
  • Lorsqu'ils se rendent à leur bureau, quelle expérience vivent-ils ? Que voient-ils ? Voient-ils un endroit propre et enthousiasmant ? Y-a-t-il un bel atrium avec de vrais palmiers et une fontaine, ou cela ressemble-t-il à à un service dentaire hospitalier dans un taudis, avec des plantes crevées et de vieux journaux ?
  • A quoi ressemble votre environnement de travail ? Est-ce que tout est récent et rutilant ? Ou avez-vous encore d'immenses affiches jaunies de L'EQUIPE BANANE, qui avaient été imprimées sur des feuilles en accordéon avec une imprimante à impact du temps où il existait une chose appelée feuille en accordéon et une chose appelée imprimante à impact ?
  • A quoi ressemble les bureaux (NDT : le meuble, pas la pièce) ? Les programmeurs disposent-ils de plusieurs écrans plats et larges ou d'un unique CTR ? Les fauteuils sont-ils des Aeron ou des Staples Specials ?

Accordez-moi un moment pour aborder les fameux Aeron d'Herman Miller. ils coûtent environ 900 dollars. C'est environ 800 dollars de plus qu'un fauteuil bon marché de chez OfficeDepot ou Staples.

Ils sont bien plus confortables que les fauteuils bon marché. Si vous avez la bonne taille et l'ajustez correctement, la plupart des gens peuvent y rester assis toute la journée sans y ressentir le moindre inconfort. Le dossier et l'assise sont faits d'une espèce de tissu qui laisse circuler l'air de telle sorte que vous n'êtes jamais moite. L'ergonomie est excellente, particulièrement sur les nouveaux modèles ayant un soutien lombaire.

Leur longévité est supérieure à celle des fauteuils bon marché. Nous existons depuis six ans et tous nos Aeron sont littéralement comme neufs : je défie quiconque de voir la différence entre les fauteuils que nous avons achetés en 2000 et ceux que nous avons achetés il y a trois mois. Ils durent facilement dix ans. Les fauteuils bon marché tombent littéralement en miette après quelques mois d'utilisation. Vous aurez besoin d'au moins quatre fauteuils à 100 dollars pour obenir la longévité d'un Aeron.

Donc au final, un Aeron ne coûte en réalité que 500 dollars de plus sur une période de dix ans, soit 50 dollars par an. Un dollar de plus par semaine et par programmeur.

Un bon rouleau de papier-hygiénique vaut environ un dollar. Vos programmeurs consomment chacun probablement autour d'un rouleau par semaine.

Donc remplacer vos fauteuils bon marché par des Aeron coûte littéralement le même prix que ce que vous dépensez pour leur papier-hygiénique, et je vous garantie que si vous essayez d'aborder le coût du papier-hygiénique avec le comité budgétaire, on vous rabrouera sévèrement, il y a d'autres choses importantes à discuter.

Les fauteuils Aeron ont, malheureusement, vu leur réputation ternie, étant qualifiés comme extravagants, particulièrement pour les startups. C'est devenu pour une raison ou une autre le symbole de l'argent des financiers gaspillé dans le boom des dotcom, ce qui est une honte parce que cela n'est pas très cher lorsque vous prenez en compte leur durée de vie. En fait, lorsque vous considérez les huit heures que vous restez assis dessus, même le modèle haut de gamme, avec les support lombaires et le fichu tailfins, est tellement sacrément bon marché que vous gagnez quasiment de l'argent en l'achetant.

Les jouets

La même logique s'applique aux autres jouets des développeurs. Il n'y a tout simplement aucune raison de ne pas procurer à vos développeurs les meilleurs ordinateurs, au moins deux écrans LCD larges (21") (ou un écran de 30"), et leur donner un accès libre à Amazon.com afin qu'ils puissent commander tous les ouvrages techniques qu'ils veulent. Cela représente des gains de productivité évidents, mais le plus important dans le contexte de notre discussion présente, cela constitue un élément crucial de l'arsenal du recrutement, particulièrement dans un monde où les entreprises traitent les programmeurs comme des marchandises interchangeables (NDT: COGS signifie littéralement en anglais "Cost Of Goods Sold" et correspond dans les bilans d'entreprise à la rubrique des matières rentrant dans la confection des produits finis), des dactylos, en fait, pourquoi avez-vous besoin d'un grand écran et quel est le problème avec ce CRT de 15" ? Lorsque j 'étais gosse...

La vie sociale des développeurs

Les développeurs logiciels ne sont pas vraiment différents des gens normaux. Je sais bien sûr qu'il est populaire ces temps-ci de voir les développeurs comme des stéréotypes de geeks (NDT: c'est le terme --peu flatteur puisqu'il signifie littéralement "débile" - qu'utilisent les anglo-saxons pour désigner les accrocs du développement logiciel) asperges, totalement inadaptés aux relations interpersonnelles, mais cela n'est tout bonnement pas vrai et même les geeks asperges se préoccupent des aspects sociaux de leur environnement de travail, qui recouvre les aspects suivants :

  • Comment les programmeurs sont-ils traités au sein de l'organisation ?

Sont-ils des ténors ou des dactylos ? Le management de l'entreprise est-il composé d'ingénieurs ou d'anciens programmeurs ? Lorsque des développeurs se rendent à une conférence, voyagent-ils en première classe ? (je me moque de savoir si cela paraît être un gaspillage d'argent. Les stars voyagent en première classe. Il faut vous y habituer). Lorsqu'ils viennent pour un entretien, est-ce qu'une limousine les prend en charge à l'aéroport ou sont-ils censés trouver le chemin tout seuls jusqu'à votre site ? Toute chose étant égale par ailleurs, les développeurs vont préférer les organisations qui les traitent comme des stars. Si votre PDG est un ex-vendeur grincheux qui ne comprend pas pourquoi ces développeurs prima donna persistent à réclamer des choses comme des wrist pads (NDT: kesaco ?), des grands écrans et des fauteuils confortables, pour qui se prennent-ils donc ? Alors votre société a certainement besoin d'un changement d'attitude. Vous n'êtes pas prêts d'attirer de grands développeurs si vous ne les respectez pas.

  • Qui sont leur collègues ?

Une chose à laquelle les programmeurs portent une grande attention le jour de leur entretien concerne les personnes qu'ils rencontrent. Sont-elles sympatiques ? Plus important : sont-elles malignes ? Une fois, j'avais fait un stage d'été chez Bellcore, une société issue des Bell Labs, et tous ceux que je rencontrais me disais la même chose, encore et encore : "Ce qui est fabuleux chez Bell Core, ce sont les gens".

Cela dit, si vous avez des développeurs grincheux dont vous ne pouvez pas vous séparer, arrangez vous au moins pour qu'ils ne soient pas là pendant les entretiens, et si vous en avez des cordiaux et sociables, assurez vous de leur présence. Rappelez-vous constamment que lorsque vos candidats retournent chez eux et doivent décider de l'endroit où ils travaiileront, si tous ceux qu'ils ont rencontrés étaient lugubres, ils ne vont pas garder un bon souvenir de votre entreprise.

A ce propos, la règle de recrutement initiale chez Fog Creek, piquée chez Microsoft, était "Malin, et qui Va au Bout des Choses". Avant même de créer notre société, nous avons réalisé que nous devrions ajouter une troisième règle : "Pas un asocial". Rétrospectivement, chez Microsoft, le fait de ne pas être un asocial n'est pas nécessaire pour décrocher le job. Bien que je suis persuadé qu'à les écouter prétendre combien il est important que les gens soient aimables entre eux, ils ne disqualifieront jamais quelqu'un pour un job sous l'unique prétexte que c'est un asociable. En fait, être un asociable semble parfois être une condition préalable pour devenir cadre supérieur. Cela ne semble pas vraiment choquer du point de vue des affaires, bien que ça choque effectivement du point de vue du recrutement et qui voudrait travailler pour une entreprise qui tolère les asociaux ?

  • L'indépendance et l'autonomie

Quand j'ai quitté mon job chez Juno, en 1999, avant de créer Fog Creek Software, le service du personnel m'a fait passer un entretien de départ classique, et d'une façon ou d'une autre, je suis tombé dans le piège de raconter au reponsable tout ce qui n'allait pas dans la gestion de l'entreprise, sachant parfaitement bien que cela ne me serait nullement bénéfique et pouvait seulement, vraiment, choquer, mais je le fis quand même, et la chose principale dont je me plaignis était le management de Juno, du type "fout la merde et barre-toi". La plupart du temps, voyez-vous, les managers laissaient les gens faire leur travail seuls, mais de temps en temps, ils s'impliquaient dans des détails microscopiques et insistaient pour qu'ils soient réalisés exactement à leur façon, sans discussion, puis ils passaient au micromanagement d'une autre tâche, sans rester suffisamment longtemps pour voir le résultat grotesque. Par exemple, je me souviens d'une période particulièreme agaçante, de deux ou trois jours, où tout le monde, depuis mon chef jusqu'au PDG s'étaient mêler de me dire exactement comment les dates devaient être saisies dans le formulaire d'inscription de Juno. Ils n'avaient aucune formation de conception d'IHM et n'avaient pas passé suffisamment de temps avec moi à discuter le problème pour comprendre pourquoi j'avais raison dans ce cas particulier, mais cela n'avait pas d'importance : le management ne voulait pas revenir en arrière et ne voulait même pas prendre le temps d'écouter mes arguments.

Simplement, dès lors que vous embauchez des gens intelligents, vous devez les laisser utiliser librement leurs compétences pour faire leur travail. Les managers peuvent conseiller, et ils sont les bienvenus, mais ils doivent rester extrêmement vigilants afin d'éviter que leurs "conseils" ne soient interprétés comme des ordres, car pour n'importe quel problème technique, il est probable que le management en sache moins que les gars qui sont dans la tranchée, spécialement, comme je dis, si vous embauchez des bons.

Les développeurs veulent être embauchés pour leurs compétences, traités comme des experts, et autorisés à prendre des décisions dans leur domaine d'expertise.

  • Pas de politique

En réalité, la politique surgit partout où plus de deux personnes se rassemblent. C'est tout simplement naturel. Par "pas de politique", je veux en vérité dire "pas de politique inéquitable". Les programmeurs possèdent un sens aigu de la justice. Le programme fonctionne, ou il ne fonctionne pas. Cela n'a aucun intérêt de discuter si un bogue existe, parce que vous pouvez tester le programme et le découvrir. Le monde de la programmation est très juste et très ordonné et une sacré quantité de gens font de la programmation en premier lieu parce qu'ils préfèrent vivre dans un environnement juste et ordonné, une scrupuleuse méritocracie où ils peuvent être reconnus simplement parce qu'ils ont raison.

Et c'est le type d'environnement que vous devez créer pour attirer les programmeurs. Lorsqu'un programmeur de plaint de la "politique", il veut dire - très exactement - toute situation dans laquelle les considérations personnelles prennent le pas sur les considérations techniques. Rien n'est plus exaspérant pour un développeur que de s'entendre dire d'utiliser tel langage de programmation, et pas le mieux adapté à la tâche à réaliser, parce que le chef aime ce langage. Rien n'est plus pénible que de voir des gens promus grâce à leur réseau interne de relations plutôt que strictement grâce à leur seul mérite. Rien n'est plus frustrant pour un développeur que d'être contraint à faire quelque chose de techniquement inférieur parce que quelqu'un, plus haut dans la hiérarchie, ou mieux connecté, insiste pour cela.

Rien n'est plus satisfaisant que de gagner une argumentation basée sur ses mérites techniques alors que vous auriez dû perdre politiquement. Lorsque j'ai commencé à travailler chez Microsoft, il y avait un grand projet mal dirigé appelé MacroMan destiné à créer un macro-langage graphique de programmation. Ce langage de programmation eut été très frustrant pour les vrais programmeurs, parce qu'intrinsèquement le paradigme graphique ne vous donne pas vraiment les moyens d'implémenter des boucles et des prédicats, mais il n'eut pas non plus réellement aidé les non programmeurs, qui, je pense, n'ont simplement pas l'habitude de raisonner en terme d'algorithme et n'auraient donc pas compris MacroMan dès le départ. Alors que je me plaignis de MacroMan, mon chef me dit : "Rien ne fera dérailler ce train. Laisse tomber". Mais je continua à argumenter, et argumenter, et argumenter - je sortais de l'université, et j'étais donc aussi peu connecté chez Microsoft qu'on peut l'être dans ce cas là - et finalement les gens écoutèrent mes arguments en substance et le projet MacroMan fut abandonné. Peu importait qui j'étais, ce qui importait c'est que j'avais raison. C'est ce type d'organisation non politique qui enchante les programmeurs.

L'un dans l'autre, il est crucial de se concentrer sur la dynamique sociale de votre organisation pour en faire un environnement de travail sain et plaisant qui retiendra et attirera les programmeurs.

Sur quoi est-ce que je travaille ?

Dans une certaine mesure, un des meilleurs moyens d'attirer les développeurs consiste à les laisser travailler sur quelque chose qui les intéresse. Cela peut être le plus difficile à changer : mais purée, si vous développez des logiciels pour l'industrie du gravier et du sable, c'est le domaine dans lequel vous êtes, et vous ne pouvez pas prétendre être un startup Internet cool uniquement pour attirer les développeurs.

Une autre chose que les développeurs apprécient, c'est de travailler sur quelque chose de suffisamment simple ou populaire pour être expliqué à tante Danièle (NDT: référence personnelle à Tatie Danièle, uh uh uh), lors de Thanksgiving. Tante Danièle, bien sûr, en tant que physicienne nucléaire, ne connaît pas grand chose à la programmation en Ruby dans l'industrie du gravier et du sable.

Enfin, beaucoup de développeurs seront attentifs aux valeurs sociales de l'entreprise pour laquelle ils travaillent. Les postes dans des sociétés de création de réseaux associatifs virtuels (NDT: du type de LinkedIn ou Viaduc) ou de blogs contribuent à créer des liens entre les gens et ne polluent pas, semble-t-il, donc ils sont populaires, tandis que les postes dans l'industrie de l'armement, ou des entreprises aux pratiques financières frauduleuses dont l'éthique est mise en question, sont nettement moins populaires.

Malheureusement, je ne suis pas convaincu de trouver un moyen quelconque pour le recruteur lambda de faire quelque chose dans ce domaine. Vous pouvez essayer de modifier votre gamme de produits pour en faire quelque chose de "cool", mais cela ne mènera pas bien loin. J'ai vu cependant des entreprises mettre en place quelques initiatives à cette fin :

  • Laissez les meilleures recrues choisir elles-mêmes leur projet

Pendant longtemps, Oracle a eu un programme nommé MAP : le "Multiple Alternatives Program",. Ce programme était destiné à ceux des diplômés d'université qu'ils considéraient comme des candidats de haut niveau. Ces étudiants pouvaient venir chez Oracle pour y passer une semaine ou deux et voir comment les choses s'y passaient, rencontrer tous les départements ayant des postes à pourvoir, puis choisir ceux sur lesquels ils souhaitaient travailler.

Je pense que c'est une bonne idée, bien que le gens d'Oracle savent certainement mieux que moi si cela fonctionnait.

  • Utiliser de nouvelles technologies intéressantes, sans forcément qu'elles soient nécessaires

Les grandes banques d'investissement de New York sont considérées comme des endroits relativement durs pour les programmeurs. Les conditions de travail y sont épouvantables, les journées très longues, dans un environnement bruyant, et avec des supérieurs tyranniques. Les programmeurs y forment une catégorie distincte de citoyens de troisième classe, alors que les grosses brutes, affolées par la testostérone, qui achètent et vendent des valeurs mobilières y sont des monarques d'entreprise, bénéficiant de primes de 30 millions de dollars et de tous les cheeseburgers qu'ils peuvent ingurgiter (souvent livré par un programmeur qui passait dans les parages). C'est le stéréotype, mais de toute façon, pour garder les meilleurs développeurs, les banques d'investissement ont deux stratégies : offrir des rémunérations indécentes, et laisser les programmeurs ré-écrire tous leurs programmes, encore et encore, en uilisant le tout nouveau langage de programmation de leur choix. Tu veux ré-écrire toute cette application de trading en Lisp ? Aucun problème. Va juste me chercher un putain de cheeseburger.

Certains programmeurs prêtent moins d'attention quant au langage de programmation qu'ils utilisent, mais la plupart adoreraient avoir l'opportunité de travailler sur de toutes nouvelles technologies. Aujourd'hui cela peut être Python ou Ruby. Il y a trois ans, c'était C# et auparavant Java.

Maintenant, je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas avoir recours aux meilleurs outils pour faire le travail, et je ne prétend pas non plus qu'il faut ré-écrire les applications dans le nouveau langage-du-jour tout les deux ans, mais si vous pouvez trouver des moyens pour les développeurs d'acquérir l'expérience de nouveaux langages, de frameworks et de technologies, ils seront plus heureux. Même si vous n'osez pas ré-écrire le coeur de votre applicaiton, existe-t-il une bonne raison pour que vos outils internes ou vos nouvelles applications moins critiques ne puissent être écritent avec un nouveau et enthousiasmant langage, comme un projet d'apprentissage ?

Puis-je m'identifier à l'entreprise ?

La plupart des programmeurs ne recherchent pas juste un job pour financer leur retraite. Ils ne veulent pas un "job alimentaire" : il souhaitent que leur travail ait un sens. Ils veulent s'identifier à leur entreprise. Les jeunes programmeurs, particulièrement, sont attirés par les entreprises porteuses d'un idéal ou d'une idéologie. Nombre de sociétés sont plus ou moins liées aux mouvements de l'open source et du logiciel libre (qui ne sont pas les mêmes choses), et cela peut se révéler attractif pour les développeurs idéalistes. D'autres entreprises s'engagent pour des causes sociales, ou commercialisent un produit qui, d'une certaine manière, peut être perçu ou abordé comme bénéfique pour la société civile.

En tant que recruteur, votre travail implique d'identifier les idéologies de votre entreprise, et de vous assurer que les candidats en ont connaissance.

Certaines sociétés vont même s'efforcer à créer leurs propres mouvements idéologiques. La startup 37signals, des environs de Chicago, s'est fortement orientée sur le concept de simplicité : les applications simples et faciles à utiliser comme Backpack et le framework de programmation Ruby on Rails, simple et facile à utiliser.

Pour 37signals, la simplicité est quasiment un mouvement politique international. La simplicité n'est pas uniquement la simplicité, oh non, c'est l'été, c'est de la bonne musique, la paix, la justice, le bonheur et de jolies filles avec des fleurs dans les cheveux. David Heinemeier Hansson, le créateur de Rails, affirme que leur histoire est faite de "beauté, bonheur et motivation. Etre fier de son travail et de ses outils et y prendre du plaisir. Cette histoire n'est tout simplement pas une mode mais une tendance. Une histoire qui permet à des mots tels que passion et enthousiasme de faire partie du vocabulaire consacré des développeurs sans qu'ils éprouvent le besoin de s'en excuser. Ou de se sentir embarrassés de vraiment apprécier ce qu'ils font". Elever un framework de programmation Web au rang de "beauté, bonheur et motivation" peut sembler démesuré, mais c'est attractif et cela différentie assurément votre entreprise. En propageant l'expression Ruby on Rails, ils sont pratiquement assurés qu'au moins certains développeurs alentour rechercheront des jobs pour Ruby on Rails.

Mais 37signals n'en est encore qu'aux prémices de cette campagne de gestion de leur identité. Ils n'arrivent pas à la cheville d'Apple Computer, qui, avec une seule publicité au Superbowl en 1984, arrivèrent à bétonner leur position en ce jour comme la force contre-culturelle de la liberté opposée à la dictature, la liberté contre l'oppression, les couleurs contre le noir et blanc, les belles femmes en short rouge brillant contre les hommes en costume ayant subi un lavage de cerveau. Les implications de cela, je le crains, sont ironiquement Orwelliennes : les majors qui manipulent leur image publique à un point tel que cela n'a aucun sens (comme, euh, nous sommes une société informatique - qu'est que cela peut bien avoir à voir avec le fait d'être contre la dictature ?) et qui réussissent à créer une culture identitaire telle que les acheteurs d'ordinateurs dans le monde entier ont le sentiment de ne pas uniquement acheter un ordinateur, eh bien elles investissent un mouvement. Lorsque vous achetez un iPod, vous supportez Gandhi contre le colonialisme britannique, bien sûr. Tout MacBook acheté prend position contre la dictature et la faim !

Bref, reprenons notre respiration... Le point essentiel de ce paragraphe est de réfléchir à ce que votre entreprise représente, comment elle est perçue et comment elle pourrait l'être. Gérer l'image de votre entreprise est tout aussi important pour le recrutement que pour le marketing.

Une chose dont les programmeurs ne se préoccupent pas

Ils ne se préoccupent pas de l'argent, réellement, sauf si vous serrez les boulons sur d'autres choses. Si vous commencez à entrendre des jérémiades quant au salaires alors que vous n'en entendiez jamais parler auparavant, c'est généralement le signe que les gens n'aiment pas vraiment leur travail. Si les postulants à un job ne reviennent pas sur leur demande d'un salaire extravagant, vous avez probablement affaire à des gens qui pensent : "Bon, si je dois en baver pour aller travailler, alors au moins que je sois bien payé". Cela ne signifie pas que vous devez sous-payer les gens, parce qu'ils sont soucieux de la justice, et il seront furieux s'ils découvrent que d'autres gagnent plus pour un même travail, ou que votre boîte paie 20% de moins qu'une autre identique dans la même rue, et alors l'argent deviendra subitement un gros problème. Vous devez offrir des rémunérations compétitives, mais cela étant dit, de tout ce que les programmeurs considèrent pour choisir un travail, et pour autant que les salaires soient honnêtes, la rémunération sera un élément étonnament bas dans leur liste de criètères, et proposer de des salaires importants est un moyen étonnament inefficace pour régler des problèmes liés aux écrans de 15", les commerciaux qui leur crient dessus tout le temps et les jobs qui impliquent de faire des armes nucléaires à partir d'attaches bébé.

--Thierry Machicoane 12:44, 12 Sep 2006 (EDT)

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